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La guerre de Troie
Copyright
!!!!! Cette section provient de l'ouvrage "Mythes et
légendes de la Grèce antique" de Edouard Petiska aux éditions Gründ !!!!!
- 2e partie du mythe :
Vers la 1ere partie
Après une longue traversée, les sentinelles troyennes aperçurent un
jour les mâts et les voiles de la flotte ennemie. Tous les guerriers de la
ville s'élancèrent à sa rencontre les armes à la main, sous le
commandement du fils aîné de Priam : Hector.
Ils espéraient pouvoir empêcher le débarquement.
Une prophétie
avait dit aux Grecs que le premier qui poserait le pied sur le sol troyen
rencontrerait la mort. A peine le premier navire avait-il atteint la côte
qu'un jeune homme sauta à terre, choisissant librement son destin. Les
troupes se précipitèrent derrière lui et les Troyens durent battre en
retraite. Le premier pas d'Achille sur ce territoire étranger fut
tellement ferme qu'une source jaillit sous son talon. Il se mit à se
battre avec une énergie farouche, si bien que ses adversaires, dûment
refoulés et terrifiés à la vue de son glaive et de son armure
scintillante, se replièrent derrière les murs de la ville.
Les Grecs tirèrent alors leurs bateaux sur la plage, établirent leur
camp et l'entourèrent d'une palissade. Autour de la tente d'Achille fut
élevé un mur de solides poteaux. La porte en était si lourde que trois
hommes arrivaient à peine à la soulever. Seul Achille, le héros, pouvait
l'ouvrir.
Chaque jour les assaillants firent des incursions en territoire ennemi,
et ils revenaient toujours avec un riche butin. Pourtant la cité de Troie
résistait encore à toutes les attaques.
Pendant neuf ans la victoire
oscilla entre les deux camps, pendant neuf ans les veuves troyennes
pleurèrent leurs maris et la terre troyenne s'imprégna du sang grec.
La dixième année, une violente querelle opposa Achille à Agamemnon au
sujet du partage du butin. Ce dernier, qui était commandant en chef de
l'expédition, se prévalait de sa situation pour léser le héros et le
forcer à abandonner une partie de ce qui lui revenait dans les trésors
confisqués. Profondément humilié, le jeune guerrier refusa de continuer à
combattre et alla se plaindre à sa mère, la nymphe Thétis. Celle-ci était
déjà au courant de l'injustice dont son fils était la victime, elle sortit
des vagues écumantes et tenta de le consoler. Achille lui demanda alors
d'intercéder auprès du roi des dieux, Zeus, pour que les armées
d'Agamemnon soient défaites par l'ennemi. La mère aimait trop son fils
pour lui refuser quoi que ce soit. Elle accéda à sa prière et les Grecs se
mirent à perdre bataille après bataille. Pendant ce temps-là, le héros
restait paresseusement assis sous sa tente, à côté de son épée et de sa
lance devenues inutiles. Devant le succès de leurs troupes, les Troyens
devinrent comme fous. Un jour, ils arrivèrent même à réussir une percée
dans le camp adverse et commencèrent à mettre le feu aux navires. Mais
l'odeur de la fumée ne fit même pas sortir Achille de sa retraite.
Lorsque le danger qui menaçait les Grecs devint très pressant, Patrocle
accourut chez son ami en le suppliant de lui prêter son armure puisqu'il
ne voulait plus se battre. Les Troyens s'imagineraient peut-être que le
brave Achille se lançait à nouveau dans la bataille et ils reflueraient
certainement vers la cité.
Le héros consentit au subterfuge et prêta à son fidèle compagnon son
éblouissante armure.
«Ne te laisse pas entraîner au plus profond de la
mêlée,» lui conseilla-t-il. «Ne fais qu'apparaître, l'aspect seul suffira.
Dès que les Troyens auront quitté le camp, reviens immédiatement ici. je
ne consens à ce prêt que pour sauver notre flotte. » Patrocle se vêtit
promptement, se coiffa du casque orné d'une crinière de cheval et choisit
deux lances. Il laissa celle d'Achille à sa place, car personne hormis ce
dernier ne parvenait à la soulever. Enfin il se munit de son bouclier et
se mit à la tête des troupes grecques. A sa vue, l'ennemi se mit à
trembler comme une prairie sous le vent. Ayant reconnu la redoutable
armure, ils s'imaginèrent que le héros s'était réconcilié avec Agamemnon
et qu'il reprenait la lutte. Les lignes troyennes se clairsemèrent, puis
les guerriers amorcèrent une retraite précipitée. Les Grecs sous la
direction de Patrocle continuèrent à les repousser, bouclier contre
bouclier, casque contre casque, tel un mur vivant. Leur nouveau chef,
grisé par la réussite de sa ruse, se frayait un chemin avec son épée pour
aller se mesurer au commandant troyen Hector. Alors il oublia le conseil
d'Achille et se laissa surprendre en terrain découvert. Aussitôt entouré
par ses adversaires, l'un d'eux réussit à le blesser et Hector l'acheva
d'un coup mortel. Autour de sa dépouille se déroula un combat acharné
entre les deux camps qui se disputaient le corps du jeune homme. Bien
qu'Hector se soit déjà emparé de la magnifique armure, les Grecs
réussirent à rapporter le défunt avec eux.
Quand Achille, qui était resté dans sa tente, apprit la triste
nouvelle, il fut accablé de chagrin. Il répandit de la poussière sur sa
tête et l'écho de ses plaintes retentit tout le long de la côte. Entendant
ses gémissements, sa mère quitta son abri marin et alla rendre visite à
son malheureux fils. Elle le trouva brûlant d'une fureur vengeresse. Le
regardant avec tristesse, elle lui dit :
«Si tu tues Hector, la mort
te frappera bientôt à ton tour. »
«Je préfère cent fois mourir,»
s'exclama Achille, «que de laisser en vie le meurtrier de mon ami.»
Alors la nymphe lui rapporta de chez Héphaïstos une autre armure
encore plus éblouissante pour remplacer celle qui avait été perdue. Le
héros se réconcilia avec Agamemnon et vêtu de sa nouvelle cuirasse se rua
au combat comme un lion. Il ébranla les lignes ennemies et massacra
d'innombrables guerriers en cherchant du regard Hector parmi les
belligérants. Quand enfin il l'aperçut dans la mêlée, il se précipita sur
lui.
A sa vue, l'intrépide Hector ne put s'empêcher d'être effrayé : il
s'enfuit. Il pressentait que c'était la mort qui le poursuivait. Par trois
fois Achille fit le tour de la ville en poursuivant son adversaire, puis
il parvint à le transpercer d'une lance. Encore sous l'empire de la
colère, il attacha le cadavre à son char et comme ultime punition le
traîna dans le sable tout autour de la cité, sous les yeux des Troyens qui
l'observaient du haut des remparts.
Au cours de la nuit le vieux roi Priam se rendit au camp grec pour
supplier le héros de lui rendre son fils. Sa requête émut Achille, qui se
souvint de sa propre famille, et il rendit la dépouille d'Hector. Ce
dernier put ainsi avoir des funérailles solennelles.
Conformément à la prédiction de sa mère, Achille rejoignit bientôt son
ennemi au royaume des ombres : une flèche de Pâris l'atteignit au talon,
seul endroit vulnérable de son corps. Ce fut un immense chagrin pour les
Grecs et même l'océan profond gronda en témoignage de sa peine. Les
nymphes sortirent des eaux pour le pleurer. Les Muses lui chantèrent des
chants funèbres. Ces plaintes et ces gémissements se poursuivirent pendant
dix-sept jours. A l'aube du dix-huitième, les guerriers enflammèrent le
bûcher du héros et le feu, nourri d'huiles précieuses et d'animaux
immolés, monta jusqu'aux cieux pendant toute une semaine.
Deux de ses compagnons, Ajax et Ulysse, se disputèrent alors son
armure. Elle aurait dû revenir de droit à Ajax, mais Agamemnon et Ménélas
l'attribuèrent à Ulysse. Ajax supporta mal cette injustice. La colère
s'empara de lui, lui suggérant de massacrer tous les chefs grecs y compris
Ulysse. Une nuit, il quitta sa tente muni de son épée et se mit à la
recherche de ses ennemis. Mais la déesse Athéna sauva les chefs grecs en
rendant Ajax fou. Celui-ci, dans son égarement, confondit les hommes qu'il
haïssait avec un troupeau de moutons qu'il combattit comme des adversaires
humains. Il en captura même quelques-uns et les ligota. L'aurore éclaira
ce surprenant tableau. Enfin dégrisé, l'auteur de cet ignoble carnage ne
put supporter sa honte et mit fin à sa vie; les Grecs perdirent en lui un
autre grand héros.
C'est alors qu'Ulysse parvint à enlever le prophète de Troie et obtint
de lui la prédiction suivante : la, cité allait être conquise, mais il
faudrait le concours de deux nouveaux guerriers, le fils d'Ulysse,
Néoptolème et le fameux Philoctète à qui Héraclès avait légué son arc et
ses flèches mortelles.
Ulysse les fit donc venir. Philoctète tua Pâris, mais Troie continua à
résister.
Comme ni la force ni les armes ne suffisaient à l'ébranler,
Ulysse songea à employer la ruse. Déguisé en mendiant, il entra dans la
ville afin d'espionner les assiégés. C'est ainsi qu'il rencontra la femme
de Ménélas, Hélène, qui attendait avec impatience de retourner dans son
pays natal. En rentrant dans son camp, le héros fit bâtir un gigantesque
cheval de bois. Ulysse et ses plus intrépides compagnons se cachèrent dans
les entrailles du faux animal. Quant aux autres guerriers, ils mirent le
feu à leur camp, s'embarquèrent sur leurs bateaux et quittèrent le port
comme s'ils levaient le siège. Mais ils n'allèrent pas bien loin et se
cachèrent derrière les rochers d'une île voisine.
C'est avec joie que les Troyens virent le départ de leurs adversaires.
La bonne nouvelle se répandit dans la ville. Les portes de la cité
s'ouvrirent et le peuple libéré défila sur la plage. L'énorme animal fut
le principal objet de sa curiosité. Soudain les hommes aperçurent un Grec,
laissé là-bas par l'astucieux Ulysse, qui tentait de se dissimuler sur une
falaise. Se voyant découvert, celui-ci tomba à genoux en suppliant de
l'épargner :
«Ne me tuez pas, braves gens : je viens à peine d'échapper à mes
concitoyens qui voulaient me sacrifier, comme Iphigénie, pour s'assurer
une bonne traversée. Ils ont construit ce cheval sur ordre des dieux en
offrande à votre cité. »
Peu méfiants, les Troyens le crurent. Seul le
prêtre Laocoon, fils de Priam, pressentit que ce don empoisonné serait la
ruine de Troie et il essaya de les mettre en garde contre la traîtrise de
l'ennemi :
«Ne croyez pas aux Grecs, ne croyez pas aux dieux! jetez ce
cadeau grec à la mer ou bien brûlez-le, mais ne l'introduisez pas dans
votre ville. »
Comme il disait ces mots, deux monstrueux serpents
sortirent des profondeurs de l'océan et rampèrent jusqu'à lui. Ils
s'enroulèrent autour de son corps et de ceux de ses fils et les
étouffèrent. Ainsi le Destin avait décidé de la perte de la cité.
Les
Troyens interprétèrent ces morts comme un jugement des dieux et
entreprirent immédiatement de haler l'animal. Bientôt celui-ci franchit
l'enceinte de la ville. La journée se termina en banquets joyeux, puis
tous s'endormirent d'un sommeil tranquille.
Alors, dans le silence de
la nuit, Hélène monta sur les remparts et, munie d'une torche, fit aux
Grecs embusqués dans l'île les signaux convenus. Pendant ce temps, les
héros quittèrent les entrailles du cheval de bois où ils étaient cachés et
ouvrirent les portes de la ville au gros des troupes qui venaient de la
mer.
Le fracas des armes, les cris et la fumée réveillèrent les
Troyens. A moitié endormis, ils se saisirent de leurs armes. Aucun abri ne
fut épargné par la bataille. Troie brûlait de toutes parts. Le roi Priam
et toute sa famille furent massacrés. Ménélas retrouva Hélène et
s'embarqua avec elle. Sur les lieux du combat, il ne restait que des
cendres et du sang.
Ainsi finit la guerre de Troie dont personne n'eut à se réjouir. Les
Troyens morts, leurs femmes et leurs enfants furent emmenés en esclavage.
Quant aux Grecs, leur triomphe fut éphémère : ceux qui n'étaient pas
disparus pendant l'interminable siège périrent au cours de la traversée de
retour. La mer déchaînée engloutit tout le butin qu'ils ramenaient avec
eux, ainsi que les navires et de nombreux marins. Quant aux rescapés qui
retrouvèrent le sol natal, ils furent accueillis comme des étrangers dans
leurs familles : les fils ne reconnaissaient pas leurs pères et les
épouses cherchaient en vain sur leurs visages vieillis les traits de
l'être aimé !
La guerre était finie mais les souffrances continuaient.